Titre Original : Down By Law(EU-RFA, 1986, N., 107 Min)
Titre Français :
Sous le coup de la loi
Réalisation Et Scénario :
Jim Jarmusch
Photographie :
Robby Müller
Musique :
John Lurie
Interprètes :
John Lurie : Jack
Tom Waits : Zack
Roberto Benigni : Roberto
Nicoletta Braschi : Nicoletta
Jim Jarmush nous montre une Amérique peuplée d’êtres déracinés, mais en rien désespérés
Article de Danièle Heymann « LeMonde » mai 1986

En 1984, Stranger Than Paradise (Caméra d’or à Cannes), devenu aussitôt un film culte, révélait le talent d’un cinéaste tout à fait libre, tout à fait indépendant, jetant sur des héros ordinaires un regard mi-indulgent, mi-sévère. Un regard amical, sans excessive compassion. Down by Law plonge à nouveau dans ce monde triste et beau – une Louisiane débarbouillée de son folklore, à la moiteur proche du bayou, infestée de caïmans obèses, et l’errance drolatique de trois larrons calamiteux. Zack, un disc-jockey à la casse (le chanteur Tom Waits et sa voix d’insomnie) se fait virer par sa petite amie. Tandis qu’il tète son biberon de bourbon, on lui propose de convoyer une voiture.Le coffre est habité par un cadavre. Piégé. Jack, un maquereau au rabais (le musicien John Lurie), se voit offrir une nouvelle tapineuse de choix. Dans une chambre d’hôtel sordide, elle est au lit. Il s’approche, les flics bondissent. La gosse a 12 ans. Piégé. Zack et Jack se retrouvent au pénitencier. Ils n’ont rien à se dire, juste à se supporter. Quand leur cellule accueille un autre pensionnaire : Roberto, dit Bob, le plus gentil d’entre eux et le seul meurtrier des trois. Il est très gai, dessine une fenêtre sur le mur de leur prison.Son anglais n’est même pas basique, il est hypothétique. Il tente de communiquer en permanence, avec une bonne volonté irritante comme une urticaire.

Mais c’est lui, Bob, le ringard bavard, qui trouvera l’occasion de faire la belle. Pataugeant dans les marais, poursuivis par les chiens, le froid, la faim, les vagabonds iront leur chemin.
Comme dans un conte de fées, ils trouveront une petite cabane dans la forêt où une Blanche Neige immigrée fera cuire les spaghettis du salut… Un humour permanent traverse cette comédie insolite dont les héros sans qualités sont plus proches de Buster Keaton que de Charlie Chaplin. Ils n’appellent pas à la tendresse, ils subissent les coups du sort qu’ils ont eux-mêmes provoqués avec une dignité rigolarde. (…) Les deux « Yankees» sont puissamment aidés par la présence, dans le rôle de Bob, de Roberto Benigni, un mime étonnant, phénomène explosif d’efficacité roublarde. Hommage au film de gangsters, à John Huston, à Samuel Fuller, Down by Law, photographié en noir et blanc par Robby Müller, est un blues qui, au lieu de distiller un classique cafard poisseux, dispenserait une allègre mélancolie.
Jim Jarmusch est une figure de proue du cinéma américain indépendant
Article de Florence Colombani « LeMonde » Janvier 2009

Il a l’allure inimitable d’un rocker, une chevelure argentée depuis ses jeunes années, une pâleur élégante et les doigts ornés de bagues gothiques. Comme le roi Elvis qui hante tant de ses personnages – de Mystery Train à Coffee and Cigarettes –, Jim Jarmusch vient du plus profond des Etats-Unis. Il a grandi à Akron, dans l’Ohio, une ville industrielle « épouvantablement ennuyeuse », confiait-il dans un entretien au Guardian en 2004. Initié aux arts par une mère raffinée, qui écrit dans le journal local et lui offre une traduction de Proust pour son seizième anniversaire, le jeune Jarmusch s’installe à New York dès que possible. Etudiant brillant, il réussit très vite à se faire une place de choix dans le cinéma indépendant. Down by Law, son deuxième long métrage, impose un univers drôle, mélancolique et attachant, et une maîtrise remarquable du noir et blanc.
L’itinéraire cinématographique de Jim Jarmush épouse la courbe d’amitiés qui ont la force passionnée de l’amour. Il assiste Nicholas Ray, son professeur à New York University (NYU), lorsqu’il se laisse filmer sur son lit de mort par Wim Wenders. Il peuple en suite ses films de proches, toujours des artistes originaux dont il apprécie le tempérament poétique et fantaisiste : Tom Waits se révèle un excellent comédien dans Down by Law ; Neil Young se prête au jeu du documentaire dans Year of the Horse, avant de composer une musique inoubliable pour Dead Man ; Roberto Benigni lui offre les moments les plus drôles de son œuvre en ajoutant à ses mimiques habituelles un mélange d’anglais approximatif et de dialecte toscan.
Un talent de nouvelliste

A l’image de ces personnalités improbables, l’art de Jarmusch est singulier, proche de celui du nouvelliste, plus que du romancier. Il excelle d’ailleurs dans le film à sketches : dans Mystery Train, les épisodes sont unis par l’amour de la musique et la ville de Memphis ; Night on Earth raconte cinq trajets en taxi, de Los Angeles à Helsinki en passant par Rome et Paris ; Coffee and Cigarettes est une mosaïque en noir et blanc qui s’achève sur un air de Malher. Dans les années 1990, son œuvre gagne en ampleur, et en ambition. Délaissant les atmosphères insolites qui ont fait son succès, Jarmusch plonge dans l’univers du western et signe une parabole philosophique, nourrie de spiritualité indienne et de l’univers poétique de William Blake. Dead Man – sans doute son chef-d’oeuvre – est l’histoire d’un voyage vers la mort dans un Far West en pleine décomposition. Dans son film suivant, Ghost Dog, il réinvente l’univers de Jean-Pierre Melville et rend hommage au légendaire Samouraï (1967). En 2005, Broken Flowers renoue avec la structure des films à sketches : un Don Juan sur le retour, campé par Bill Murray, rend visite à quatre anciennes maîtresses. Cette mélancolique promenade d’amour et de mort apparaît comme un aboutissement, une œuvre réflexive, plus minimaliste que jamais...

Bande Annonce : Down by Law (1986) Jim Jarmusch
1 commentaires:
Il faudra bien qu'un jour je me penche sur le cinéma de Jarmusch. D'autant plus que je n'entends sans cesse que du bien de lui...
Bel article, bravo.
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